Le miel

Comprendre pourquoi et savoir comment remplacer le miel dans notre alimentation.

Le miel, qu'est-ce que c'est ?

Les abeilles produisent le miel à partir du nectar des fleurs ou du miellat, un produit sucré et visqueux excrété par certains insectes comme les pucerons. Les abeilles butineuses absorbent le nectar ou le miellat, le stockent dans leur jabot puis le régurgitent à une autre abeille qui, à son tour, va le stocker dans son jabot et le régurgiter. Le miel est donc un mélange de nectar (ou de miellat), de salive et de sucs digestifs. Puis le produit est stocké dans les alvéoles et soumis à une longue ventilation effectuée par les ouvrières.

Les abeilles réagissent vivement si on cherche à retirer le précieux miel de leur ruche, en conséquence, de multiples techniques sont mises en œuvre pour la récolte. Pourtant, ironie, lorsque les abeilles cherchent à reprendre leur miel, on parle de « pillage ».

Pour produire 500 g de miel, les abeilles doivent effectuer plus de 17 000 voyages, visiter 8 700 000 fleurs, le tout représentant plus de 7 000 heures de travail (B. Heinrich, 2004). Les autres produits fabriqués par les abeilles (propolis, pollen – qui leur sert de réserve protéique –, gelée royale…) sont tout autant le résultat du nécessaire labeur de ces insectes.

Le travail des abeilles

Les abeilles n’hésitent pas à piquer lorsqu’elles se sentent menacées. Lorsqu’elles piquent, leur dard reste figé dans la peau de leur agresseur et est arraché de leur abdomen, ce qui leur coûte la vie.

Comme on prélève du miel et que les abeilles en ont un besoin vital en hiver, on leur donne généralement du sirop de glucose ou de fructose en remplacement, ce qui les prive de nutriments, enzymes et vitamines.

Quant à la transhumance, une pratique en pleine expansion, elle consiste à déplacer les abeilles selon les floraisons. Pour ce faire, la ruche est hermétiquement fermée, ce qui provoque un risque d’affolement des insectes et d’étouffement. Cette pratique pousse également les abeilles à travailler toujours plus, et donc à s’épuiser.

Le clippage des reines

Même si cette pratique est refusée par de nombreux apiculteurs amateurs (et interdite en agriculture biologique), il est encore fréquent que des apiculteurs coupent les ailes de la reine. Cela permet de s’assurer qu’elle reste dans la ruche ou, si elle s’envole, ne part pas trop loin. Le clippage se fait couramment à l’aide d’une petite paire de ciseaux.

Une autre pratique fréquente est de tuer la reine dès qu’elle devient moins productive, parfois au bout d’un an seulement – c’est le turn-over –, alors qu’une reine peut vivre 5 ou 6 ans. Les reines peuvent aussi être fécondées par insémination artificielle avec le sperme d’un mâle (le faux bourdon), qui aura été récolté par éversion de son endophallus.

La récolte du miel

Il existe différentes méthodes pour la récolte du miel : l’enfumage, l’utilisation de répulsifs, le souffleur ou le chasse-abeille. Il arrive que plusieurs soient utilisées ensemble/en même temps.

La fumée déclenche chez l’abeille une peur instinctive de l’incendie. Ce stress amène la colonie à se gorger de miel ou à se regrouper autour de la reine avant de fuir le lieu si la menace se précise. Quand elles se gorgent de miel, elles ne sont plus suffisamment solidaires pour attaquer. Pendant l’enfumage, l’apiculteur peut par exemple effectuer des opérations sanitaires, et bien sûr prélever les stocks de miel. C’est une pratique encore très répandue.

L’essence de mirbane (nitrobenzène) était un produit très utilisé car c’est un répulsif puissant pour les abeilles. En raison de sa toxicité pour les abeilles comme pour les humains, il a été remplacé par le benzaldéhyde.

L’utilisation d’un souffleur (équivalent d’un souffleur à feuilles) est devenue une méthode courante pour une récolte de miel rapide en évitant l’emploi des répulsifs. Comme son nom l’indique, il souffle les abeilles hors des hausses (partie de ruche destinée à stocker le miel).

Le chasse-abeilles est quant à lui un dispositif qui sert à piéger les abeilles plus bas dans la ruche et donc à les séparer du miel qui se trouve dans les parties hautes (les hausses). Une douzaine d’heures plus tard, il reste beaucoup moins d’abeilles à évacuer des hausses. Cette pratique n’est cependant pas appropriée lorsque le couvain (l’ensemble des nymphes, des larves et des œufs) se trouve à l’intérieur de la hausse.

Les alternatives au miel

Si certaines pratiques diffèrent beaucoup selon les apiculteurs et qu’un petit producteur bio prend, à priori, plus soin de ses ruches qu’un apiculteur conventionnel en possédant des milliers, la meilleure façon de ne pas contribuer à l’exploitation des abeilles consiste à se tourner vers les alternatives végétales.

Il existe toute une gamme de produits sucrants dont les goûts et qualités nutritives ne sont plus à prouver. Les sirops d’érable, d’agave ou de dattes présentent une texture similaire à celle du miel, mais aussi des goûts délicieux.

Encore peu développés en France et pourtant de fabrication plus locale, les sirops de céréales constituent aussi des alternatives très intéressantes. La mélasse, un liquide noir et épais dont le goût rappelle la réglisse, est riche en fer, vitamine B2 et B6, potassium, magnésium, calcium, phosphore…

Ces savoureuses alternatives, et bien d’autres (sirop de pommes, etc.), remplacent sans difficulté le miel, que ce soit à l’état pur (sur des tartines, dans les infusions, sur des crêpes…) ou dans les préparations comme le pain d’épices. On peut aussi préparer soi-même un délicieux miel de pommes.

Installer des ruches partout n’est pas une solution

Les abeilles sont présentes sur Terre depuis au moins 100 millions d’années. Les principales causes de leur dépérissement massif, comme de celui de la plupart des autres insectes, sont la monoculture (productions intensives, notamment pour nourrir les animaux d’élevage), l’emploi d’insecticides (néonicotinoïdes) ainsi que des parasites comme le varroa, un acarien qui cause des dégâts à l’échelle mondiale.

Pour aider les abeilles face à ces dangers, installer des ruches en ville semblerait être une idée séduisante. Malheureusement, une étude de 2019 a mesuré avec précision l’effet négatif de la présence des colonies domestiques sur la fréquentation des fleurs en ville. Dans ces conditions, il semble déraisonnable d’installer davantage de ruches.

Exploiter les abeilles n’aide pas la vie sauvage

Ces résultats rejoignent des observations faites ailleurs dans le monde. Il existe plus de 20 000 espèces de pollinisateurs : abeilles, papillons, mouches et des vertébrés. Se focaliser sur une seule (l’abeille mellifère) a des conséquences négatives sur les espèces sauvages de pollinisateurs.

Des milliers d’espèces d’abeilles sauvages existent, et il semblerait que le développement (pour le miel) de l’abeille domestique, Apis mellifera, porte préjudice aux autres espèces pollinisatrices, qu’elle concurrence fortement. Actuellement, le déclin des populations d’abeilles domestiques attire l’attention, mais en réalité ce déclin touche de très nombreuses populations d’insectes, pollinisateurs ou non : les populations de papillons, bourdons, scarabées sont en chute libre.

Des moyens peuvent pourtant être mis en œuvre pour inverser la tendance, comme augmenter la présence de fleurs sauvages à proximité des cultures et diminuer l’utilisation des pesticides. Si vous disposez d’un jardin, vous pouvez fabriquer ou acheter un « hôtel à insectes » qui permettra aux abeilles sauvages, comme les osmies, de se reproduire – ces abeilles, qui ne vivent pas en colonies, sont des solitaires très pacifiques : vous pourrez les admirer sans aucun danger, même de près !

Quant aux abeilles domestiques, elles bénéficieraient aussi des mesures ci-dessus évoquées. Là où il y a déjà des ruches, rien n’interdit non plus d’en avoir sans pour autant exploiter les abeilles : plutôt que leur dérober leur miel par la force ou par la ruse, ne serait-ce pas la meilleure façon de les protéger ?

Pour aller plus loin

Références

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